[INTERVIEW] HeavySoulBrutha

HeavySoulBrutha est ce genre de type qui bosse dans sa piaule comme un acharné. Ou plutôt comme un amoureux fou de musique. Et pas n’importe laquelle, puisqu’il s’agit essentiellement de Soul, comme son pseudo le laisse penser. Il balance ses mix online, gratos, et réjouit le coeur et les oreilles de milliers d’auditeurs partout dans le monde – magie d’Internet. Rencontre avec un frère.

[Note : for the integral interview in english, click here (PDF)]

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Peux-tu te présenter vite fait ?

Salut, je m’appelle Dave, alias HeavySoulBrutha, j’ai 42 ans et je vis en Virginie, aux USA, pas loin de Washington DC. Je tiens un site de musique : heavysoulbrutha.com

Quelles sont tes influences ?

Mes centres d’intérêts principaux et mes influences sont Funk/Soul/Jazz/Hip-Hop. Je suis complètement influencé par le travail de ces mecs, ces chercheurs de disques qui vont trouver des vieux trésors et les partager avec le monde entier via leurs blogs, leurs sites Internets ou leurs émissions de radio. Ces gens sont les archivistes d’une des plus belles musiques du monde. lls s’appellent DJ Prestige, Larry Grogan, Mr. Fine Wine et Oliver Wang.

Si tu devais choisir seulement 5 albums à prendre avec toi pour un voyage dans l’espace, qu’est-ce que tu prendrais ?

C’est toujours dur de faire une restriction mais…

Marvin Gaye – What’s Going On
Curtis Mayfield – There’s No Place Like America Today
Eric B & Rakim – Paid In Full
Donald Byrd – Places and Spaces
Paul Weller – Paul Weller (son premier album solo)

Quand tu étais plus jeune, tu écoutais aussi du funk et de la soul ou bien des trucs plus stéréotypés « adolescent » ?

Ca vient vraiment de mon père. Mon père écoutait presque exclusivement de la soul. Il avait une jolie petite collection et il faisait toujours tourner un disque. Du coup, j’ai toujours eu de la musique dans les oreilles et j’ai pris l’habitude de passer ses disques quand il n’était pas à la maison. Sans sa permission, évidemment ! Mon adolescence, c’était les années 89, donc le top 40 du jour me trottait tout le temps dans la tête… des trucs bien, des trucs moins bien. Je me rappelle très bien quand j’ai entendu du Hip-Hop. C’était comme une bouffée d’air frais, quelque chose de si nouveau et si loin de la vie de banlieue que j’avais… Et les adultes ont détesté donc, naturellement, on a immédiatement rattaché ça à un esprit un peu rebelle.

Combien de temps te prend la préparation d’un de tes mix ?

Je suppose que c’est comme la plupart des entreprises artistiques : des fois ça prend pas mal de temps et des fois l’inspiration vient me percuter et à ce moment-là je peux créer un truc en quelques heures. Ca peut être un mot qui fait le thème. ça peut être juste une chanson qui donne l’inspiration. Et il y a eu un bon nombre de fois où la chanson d’origine ne s’est pas retrouvée dans le mix, pour finir. Ou alors, et c’est ça que j’aime le plus, je fais un peu de repérage pour choper des disques et j’en trouve qui sont géniaux… et là, le set est déjà prêt ! Un bon paquet de bons morceaux tous droits échappés de vinyles qui groovent !

Où trouves-tu tous tes sons ? C’est toujours en format physique ou des fois c’est en numérique ?

La plupart de la musique que j’utilise vient d’enregistrements en vinyles. J’ai la chance d’avoir quatre super boutiques dans ma ville. J’ai aussi pas mal tapé dans les marchés aux puces et aussi, quand certains trucs que je veux me renvoient sur eBay ou DiscDogs, j’utilise Internet. Je n’ai pas de problème avec le fait d’utiliser des moyens numériques pour choper certains sons qui doivent obligatoirement être dans un mix, si c’est pour apporter des good vibes. Je ne peux pas posséder chaque enregistrement rare qui existe dans le monde. Bien que, parfois, j’aimerais bien…

Que penses-tu des relations entre musique et Internet ?

Mis à part le vol incessant de musique, Internet a ouvert, de manière général, un monde entier de musique qui ne serait jamais parvenu à mes oreilles autrement ! Un des points forts, c’est la connexion avec d’autres afficionados de la musique, partout dans le monde, qui peuvent me brancher sur des sons qui m’inspirent. Juste au moment où tu penses que tu as tout entendu, on t’envoie un nouveau truc. Et la découverte est super cool.

J’ai aussi noté que tu étais un gros fan de Paul Weller. Ce n’est pas un peu étrange d’être fan de BritRock et de Soul en même temps ?

Mes premiers pas avec Paul Weller ont été avec The Style Council, en 1986. Ce groupe avait une vraie résonance Soul et Jazz et ils allaient à merveille avec le R&B américain de l’époque. Paul a même repris une chanson d’Anita Baker qui était énorme aux States. Quand Weller est parti en solo, son premier album était vraiment influencé par la scène Acide/Jazz de la fin 80, début 90 et j’étais vraiment à fond dedans aussi. Et j’ai l’impression de toujours découvrir de nouvelles musiques grâce à Weller. Comme j’étais un gamin avec une vraie âme Soul/Funk/Hip-Hop, je n’ai jamais vraiment écouté The Beatles, The Who, Small Faces, The Kinks, etc… Et comme ce sont des influences de Weller, c’est comme ça que je les ai rencontrés. Et j’étais content de les connaître.

Il y a dix ans, Paul a fait une série d’émissions de radio pour la BBC, où il passait des super disques de Soul et de Jazz de sa collection personnelle. Comme les années 90 sont arrivées et, avec elles, la révolution du CD, je me suis éloigné de la collection de vinyles. Quand j’ai écouté cette série d’émissions et ces disques hallucinants, c’est à ce moment-là que j’ai décidé de sortir et de fouiller ces poubelles et boîtes poussiéreuses, au sous-sol du magasin de disques du coin. Surtout pour trouver les disques que Weller avait passés. Et je n’ai jamais arrêté de chercher ces vieux trésors. Sur mon chemin, j’ai trouvé quelques trucs qui venaient des émissions de Weller, mais aussi des tas d’autres choses. J’ai pensé qu’il fallait qu’elles soient entendues et c’est comme ça que j’ai commencé mon site. Donc, en un sens, ce que je fais maintenant je le dois à Monsieur Weller.

Est-ce que tu présentes tes mix en live, avec un DJ set ?

Je partage mes sets sur Mixcloud. Je n’ai jamais joué en live, parce que je pense que je n’ai pas vraiment les compétences et que ça me filerait le trac. Je laisse ça aux pros. Mes mix sont plus tournés vers la découverte de musique. Non pas que je n’aime pas quand les autres font leurs trucs ! A cause du Hip-Hop, cet amour et ce respect un peu old school pour les DJ seront toujours là.

C’est quoi le mix dont tu es le plus fier ?

Je dirais que c’est probablement celui que j’ai fait pendant les élections présidentielles aux States, Funky Ghetto Getdown. Il a été élu dans le Top 100 de l’année 2012 sur Mixcloud.

Quelque chose à rajouter ?

Achetez un tourne-disque et usez les bacs des magasins d’occasion si vous en avez un près de chez vous ! Il y a des trésors à trouver. PEACE & SOUL

Propos recueillis par Salomon

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